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La Maison de Village 

Élizabeth Duriez

 

La Provence est parsemée de villages qui portent le témoignage d’une très ancienne organisation de la société, héritage du Moyen-Age, voire des Romains. Ici l’exemple de la maison traditionnelle.

 

Dans les villages les maisons se serrent les unes contre les autres, les ruelles ou venelles se rétrécissent jusqu’à ne plus permettre, parfois, que le passage d’un homme.

 

Souvent construite par les futurs propriétaires aidés de compagnons maçons, la maison de village de notre région est édifiée en général de la même façon, c’est-à-dire haute et étroite.

 

Chaque niveau a une fonction.

 

En rez-de-chaussée, s’ouvrant sur la rue, la salle commune abrite la cheminée et son potager où l’on cuisine à la braise. Dans un coin de la grande pièce, on posera la pile, bloc de pierre dure évidé qui contient l’eau nécessaire à la vaisselle et à la toilette. A côté se trouve l’atelier ou l’étable où vit l’âne ou le mulet qui aide aux travaux des champs. Au fond, dans des espaces très réduits, se tiennent chèvres, moutons et porcs. Si la maison possède une cave, on y trouve les réserves d’huile, de vin et de farine, à défaut d’être entreposés au rez-de-chaussée.

 

Un escalier étroit, bâti au plâtre, monte à l’étage et au grenier. La chambre est le plus souvent la seule pièce carrelée de tommettes de terre cuite aux chaudes couleurs rouge et jaune. Tout en haut, le grenier où l’on entrepose la récolte : foin, fruits, et légumes. Il donne sur le ciel par une large ouverture qui assure la ventilation.

 

Le toit est couvert de tuiles, à l’origine importées par les Romains ; fabriquées avec l’argile extraite de la terre.  Mélange à l’eau, elle forme une pâte que l’on découpe en rectangles réguliers galbés et séchés au soleil avant d’être assemblés les uns aux autres sur les supports de bois.

Cette manière simple et peu coûteuse de recouvrir le toit s’adapte bien aux formes compliquées des maisons qui tournent souvent avec la rue. Quand la maison ne peut plus être agrandie sur la rue, on creuse de nouvelles pièces dans la roche. (Quelques Tourrettans en savent quelque chose !)

 

Pour protéger les murs des pluies d’orage, les plus basses tuiles du toit s’avancent au-dessus de la rue en génoise, (en remerciement aux Italiens qui inventèrent le procédé).

 

A l’abri de la génoise, juste au-dessus de la fenêtre du grenier, on place la carelo, une poulie de fer ou de bois destinée à guider la corde qui hisse les récoltes et les quelques meubles de la maison.

 

Sur l’unique façade sur rue, fenêtres et portes sont rares, mais toujours bien adaptées à leur fonction, que cela soit le passage, l’éclairage ou la ventilation. Les fenêtres n’ont pas encore de vitrage, mais sont tendues de toiles enduites de cire ou de vessies de porc qui laissent passer la lumière.

 

Enfin, devant chaque maison, un petit banc de pierre ou de bois rappelle qu’aux premiers beaux jours, les Provençaux aiment à vivre dans la rue.



 

Sur de vieilles photos de Tourrettes datant de la fin du XIXe siècle, on s’aperçoit que la plupart des maisons sont restées « dans leur jus », c’est-à-dire en pierre apparente. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car recouvertes de crépi, sauf quelques exceptions, dont un exemple  remarquable rue du Rigourier (photo).

 

La particularité de cette maison réside déjà dans le montage des pierres apparentes de la façade. Toutes les pierres disponibles à portée de main ont été utilisées pour la construction de la maison.  Rien ne se perd chez les Anciens !

La façade  «rue » comporte deux entrées côte-à-côte, -l’une plus large que l’autre -, ce qui sous-entend un accès autrefois réservé à la remise et à l’écurie. La maison possède également ce fameux petit banc de pierre où les Anciens aimaient tant s’asseoir aux beaux jours.

Une vigne magnifique court  le long de cette façade.





 

 


 

Notre Histoire en Provence.

 

LE FABULEUX DESTIN DES PETITES FILLES D’ARAGON

 

Il était une fois… (et oui, ceci est un conte, pas une légende) !

Donc, il était une fois quatre gracieuses et belles petites filles, venues au monde dans un pays de lumière, entre Durance, Rhône, Méditerranée et comté de Savoie.

Leur père, Raimon Bérenger, descendant de la maison royale d’Aragon, était le fils du comte de Provence Alphonse II. Il avait beaucoup guerroyé pour préserver son héritage des terres de Provence auxquelles venait d’être rattaché le comté de Forcalquier apporté par sa mère, Gersende de Sabran, dans sa corbeille de mariage.

Triste de n’avoir jamais eu de garçon, il adorait néanmoins ses filles et leur maman, Béatrix, fille du puissant et inquiétant voisin : le comte de Savoie. Les états de ce dernier couvraient les Alpes, comme un manteau jeté sur les deux versants, englobant les terres du Viennois savoyard aux portes de Lyon jusqu’au Sud-Est des terres du Dauphiné.

Nous sommes au 13ème siècle. Tout le pays de l’ouest rhodanien, d’Avignon aux Pyrénées et à Toulouse, est ravagé par la tragédie cathare et les luttes qui opposent occitans (hérétiques ou non) aux envahisseurs venus du Nord, barons germaniques et « Franchimands » de la Croisade des Albigeois.

Les petites filles passent leur temps entre les résidences de Forcalquier, Brignoles et Aix en Provence. Dans ce pays gorgé de soleil où sur le sang de la terre ruisselle l’or des champs de blé, déclinant les couleurs du drapeau de la maison d’Aragon et des seigneuries catalanes, où la violence mauve des lavandes sublime l’éclatante blancheur des falaises et compose la vibrante symphonie des garrigues bleues, les fillettes insouciantes et joyeuses ignorent tout des voies impénétrables que la fée « Destinée », penchée sur leur berceau, a tracé dès leur naissance.

Ce territoire n’a pas d’héritier mâle. Il est l’objet de toutes les convoitises des voisins proches ou éloignés : Anglais, Français, Savoyards et même de l’ « Aigle souabe » : Frédéric de Hohenstaufen, souverain tutélaire, car la suzeraineté du Saint Empire romain germanique s’étend jusqu’au Rhône !

Mais la fée veille et l’homme providentiel n’est pas loin. Appartenant à une noble famille catalane de haut lignage, descendant de Ramon de Vilanova (en français Villeneuve), homme lige du roi d’Aragon Alphonse le Batailleur, cet homme venu de Rome où il s’est longuement entretenu avec le pape est le conseiller du comte Raimon Bérenger. En référence à son pèlerinage dans la ville éternelle on l’appelle Romeu (en français Romée) et il va s’attacher à préserver l’intégrité des Terres de Provence. Pour cela, il déploie toute son énergie, sa clairvoyance visionnaire, et son sens extraordinaire de la diplomatie pour concrétiser un incroyable maillage d’alliances de nature à protéger le domaine comtal par une habile politique de mariages.

Marguerite, l’aînée, épousera Louis IX (Saint-Louis) et deviendra reine de France.

Aliénor, sa cadette, épousera Henri III Plantagenêt et sera « reine consort » d’Angleterre.

Sancie, la troisième, épousera Richard de Cornouailles qui sera élu « roi des Romains ».

Quant à la dernière, Béatrix, elle sera mariée en 1246 au frère de Saint Louis, Charles 1er d’Anjou et deviendra reine de Sicile.

En exhibant une loi catalane qui interdisait à l’époux de briguer l’héritage patrimonial de l’épouse, au motif que la dot apportée par sa famille l’excluait de la succession, l’habile Romée de Villeneuve avait su préserver l’entité territoriale du comté de Provence et de Forcalquier.

Ainsi se réalisa le fabuleux destins des « petites filles d’Aragon », toutes devenues reines !

                                                                                                                             

Issue de Raymond de Villeneuve, gentilhomme de la cour d’Alphonse 1er, la maison de Villeneuve (Provence) se divise en trois branches :

* la branche des barons (puis marquis) de Vence descendant de Romée de Villeneuve,

* la branche des barons de Tourrettes partagée en deux rameaux : Villeneuve-Bargemon et Villeneuve-Esclapon,

* la branche des barons des Arcs, marquis de Trans en 1505 (1er marquisat de France) puis de Flayosc en 1678.

 

Un conseil de lecture : si vous avez aimé ce conte, le magnifique roman historique de Patrick de Carolis, publié chez Plon, « Les Demoiselles de Provence », vous fera aimer l’histoire, notre histoire.

 

Gérard Saccoccini.

 



 

LE BLASON DE TOURRETTES


 






D'azur aux deux flanchis d'or, ou petits sautoirs alésés (c'est-à-dire ne touchant pas les bords de l’écu) rangés en fasce
(ligne) surmontés d'un agneau pascal d'argent (symbole chrétien) portant sur une hampe croisetée d'or une bannerette de gueules chargée d'une croisette aussi d'argent.

Par l’édit royal de 1696, l’héraldique devint source de revenus pour la couronne. Louis XIV imposa l’inscription obligatoire à l’Armorial général de France, moyennant un droit de vingt livres, avec obligation pour toutes les villes d’y figurer. Toutes celles qui tardèrent à s’exécuter se virent octroyer d’office un blason, à cet effet.

La présence de la fleur de lys dans les armoiries d’une ville témoignait de l’appartenance aux  « bonnes villes du royaume de France » qui, par leurs actions méritoires, étaient dignes d’être représentées à leurs frais aux sacres des rois, après acquittement du droit de représentation.