HISTOIRE

 

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AMICALE TOURRETTANE 1910

 

"Je viens de trouver un document intéressant sur le canton de Fayence et en particulier sur mon village de TOURRETTES.
Il s'agit d'une carte postale sur laquelle l'on aperçoit un homme brandissant un drapeau où l'on peut lire " AMICALE TOURRETTANE - 1910"
Si mes recherches sont exactes il s'agirait d'un drapeau relatif à une association des anciens combattants de cette affreuse guerre de 1870 (guerre qui a duré 7 mois, qui a fait plus 400 000 victimes" Jacques MIREUR





 

 











CULTURES DU TEMPS JADIS DANS NOS CAMPAGNES

LE CHANVRE


Gérard SACCOCCINI

 

L’examen des surfaces autrefois consacrées à la culture du chanvre dans nos campagnes surprend par leur étendue, l’importance des activités économiques et la place occupée par le produit et ses dérivés dans les sociétés humaines depuis le néolithique.

La culture concernait le chanvre agricole européen de la famille des cannabaceae, plante de laquelle on tirait de l’huile et des fibres utilisées dans le tressage de cordages, le tissage de vêtements, de voiles et de toiles utilitaires. Communément appelé chènevis, du nom de sa graine, il faut le distinguer du plan dit cannabis, dont la culture à des fins médicales ou récréatives (sic), est aujourd’hui fortement règlementée en raison de ses propriétés psychotropes.

 

Connue depuis 6000 ans en Asie, il semble que cette plante dioïque (comportant des pieds mâles et des pieds femelles), gagna l’Europe grâce aux migrations des Celtes, bien que ses multiples utilisations aient été connues des Étrusques au VIII° s, et des Romains deux siècles plus tard.

Les toponymes chenavière, chenevier, chenevière et cannebière, conservés comme noms de lieux, permettent aujourd’hui de localiser les sites des activités d’autrefois. Ainsi, dans les « Livres Terriers » et actes notariés de l’Ancien Régime, apparaissent parfois les mentions « terre chenevière » ou « champ chenevier ».

 

Récolte et utilisations.

Dès le mois de juillet, les moulins étaient préparés pour traiter la récolte, car les plants semés au mois de mai arrivaient à maturité. Il s’agissait du chanvre mâle, portant le pollen, alors que le chanvre femelle, portant l’ovule mûrissait de septembre à octobre.

Après l’arrachage, les pieds liés en javelles étaient couchés sur place, puis mis à sécher contre un mur exposé au soleil afin de récupérer les graines. Après vannage, celles-ci étaient amenées au moulin pour en extraire l’huile.

En Provence, terroir largement pourvu en huile d’olive, l’huile de chènevis était rarement employée dans la consommation alimentaire, mais ses vertus curatives étaient connues pour le traitement des animaux malades. Dans les territoires alpins elle était utilisée pour alimenter de petites lampes à huile domestiques. Avec le résidu de la pressée on formait des tourteaux à mélanger à la nourriture du bétail et on donnait aux poules des graines de chanvre qui avaient la réputation de prolonger la période de ponte durant les mois d’hiver.

 

Le rouissage.

Après le séchage venait le rouissage, opération consistant à immerger les tiges dans des bassins d’eau stagnante appelés rouissoirs, creusés près des cours d’eau, ou près des moulins, afin de provoquer la macération des tiges pour séparer de celles-ci l’écorce filamenteuse. Les tiges étaient recouvertes de planches surmontées de grosses pierres pour les maintenir immergées. Le verbe « rouir » viendrait du francique « rotian » signifiant pourrir.

Le chanvre mâle, récolté de juillet à août rouissait plus vite que le chanvre femelle mûri de septembre à octobre. Le sommet des tiges rouissait plus lentement que les parties inférieures. Le temps imparti pour rouir le chanvre était de 6 à 8 jours en août et de 10 à 12 jours en octobre. L’opération était achevée lorsque les fibres se séparaient facilement et il était important d’arrêter le rouissage pour préserver leur capacité de résistance. On les sortait du bassin et on les étendait sur les prés ou sur des chevalets de bois pendant quelques jours.

Elles étaient ensuite ramassés en bottes et mise sous abri dans des séchoirs jusqu’à l’hiver.

 

Le teillage.

Cette activité manuelle occupait les longues veillées d’hiver et consistait à casser les tiges afin d’en séparer l’écorce. On pouvait le faire au moyen d’un brise-chanvre, constitué d’un cadre horizontal fixe avec quatre lames, dans lequel venait s’emboîter un cadre portant trois lames, fixé sur un bras mobile articulé. L’imbrication des lames permettait de broyer les tiges en actionnant le bras mobile. Dans les plaines de Provence rhodanienne, des ouvriers « teilleurs » itinérants venaient se louer dans les fermes pour effectuer ce travail.

Mécanisé, ce système fut adapté à certains moulins, notamment à partir du 17ème siècle lorsqu’on eut besoin de beaucoup de chanvre pour fabriquer en quantité les cordages et les voilures de la marine. Les nombreuses mâchoires de bois frappant les lames fixes étaient animées par un système d’arbre à cames permettant un broyage plus important et plus rapide.

La pauvreté d’une société rurale, parfois en situation de précarité, impliquait qu’il faille tirer parti de tout et ne rien jeter. Ainsi les tiges (chènevottes) débarrassées de leurs fibres étaient liées en petits fagots qui servaient de bois d’allumage pour les feux et les fours domestiques ou banaux.

 

Le peignage

Appelée aussi « cardage »,  cette opération, consistait à débarrasser les fibres des résidus ligneux en les passant sur de grands peignes métalliques fixes. L’opération était répétée sur des peignes aux dents de plus en plus serrées pour obtenir des fibres très fines (filasse) que l’on tressait. Le peignage produisait un résidu grossier : l’étoupe (ou estoupe). La grande dextérité et la précision du peignage requéraient des spécialistes appelés ferrandiers, pignards en Savoie ou cardaïre en Provence.

 La filasse pouvait être utilisée directement pour la fabrication des cordages mais, pour pouvoir la tisser, il fallait l’assouplir avec un moulin à chanvre. Les tresses étaient disposées sur une pierre plate sur laquelle tournait une grosse meule.  Elles pouvaient alors être tissées pour réaliser des draps et des vêtements en toile plus fine, alors que pour les vêtements de travail, robes, vestes, gilets et pantalons on utilisait une toile plus grossière (tiretaine) dont l’étoupe formait la chaîne et la laine tissait la trame.

Pour les usages agricoles un tissage plus grossier encore servait à confectionner les poches de bât pour transporter le fumier, les grandes toiles pour transporter le foin, l’herbe à lapins et les salades sauvages pour la consommation familiale, que les femmes allaient cueillir dans les prés et sur les talus.

 

La culture du chanvre du temps jadis a beaucoup contribué à atteindre le concept d’autosuffisance et de vie en autarcie de nos populations rurales.

Si elle a disparue aujourd’hui de nos campagnes, les multiples applications qu’elle propose dans l’agro-alimentaire, le textile, le bâtiment, la médecine et la pharmacie, ont décidé l’Union Européenne à favoriser de nouveau cette culture, par ailleurs  diversement autorisée selon les pays.


                                                                            

 

 

 

 

Notre Histoire en Provence.

 

LE FABULEUX DESTIN DES PETITES FILLES D’ARAGON

 

Il était une fois… (et oui, ceci est un conte, pas une légende) !

Donc, il était une fois quatre gracieuses et belles petites filles, venues au monde dans un pays de lumière, entre Durance, Rhône, Méditerranée et comté de Savoie.

Leur père, Raimon Bérenger, descendant de la maison royale d’Aragon, était le fils du comte de Provence Alphonse II. Il avait beaucoup guerroyé pour préserver son héritage des terres de Provence auxquelles venait d’être rattaché le comté de Forcalquier apporté par sa mère, Gersende de Sabran, dans sa corbeille de mariage.

Triste de n’avoir jamais eu de garçon, il adorait néanmoins ses filles et leur maman, Béatrix, fille du puissant et inquiétant voisin : le comte de Savoie. Les états de ce dernier couvraient les Alpes, comme un manteau jeté sur les deux versants, englobant les terres du Viennois savoyard aux portes de Lyon jusqu’au Sud-Est des terres du Dauphiné.

Nous sommes au 13ème siècle. Tout le pays de l’ouest rhodanien, d’Avignon aux Pyrénées et à Toulouse, est ravagé par la tragédie cathare et les luttes qui opposent occitans (hérétiques ou non) aux envahisseurs venus du Nord, barons germaniques et « Franchimands » de la Croisade des Albigeois.

Les petites filles passent leur temps entre les résidences de Forcalquier, Brignoles et Aix en Provence. Dans ce pays gorgé de soleil où sur le sang de la terre ruisselle l’or des champs de blé, déclinant les couleurs du drapeau de la maison d’Aragon et des seigneuries catalanes, où la violence mauve des lavandes sublime l’éclatante blancheur des falaises et compose la vibrante symphonie des garrigues bleues, les fillettes insouciantes et joyeuses ignorent tout des voies impénétrables que la fée « Destinée », penchée sur leur berceau, a tracé dès leur naissance.

Ce territoire n’a pas d’héritier mâle. Il est l’objet de toutes les convoitises des voisins proches ou éloignés : Anglais, Français, Savoyards et même de l’ « Aigle souabe » :Frédéric de Hohenstaufen, souverain tutélaire, car la suzeraineté du Saint Empire romain germanique s’étend jusqu’au Rhône !

Mais la fée veille et l’homme providentiel n’est pas loin. Appartenant à une noble famille catalane de haut lignage, descendant de Ramon de Vilanova (en français Villeneuve), homme lige du roi d’Aragon Alphonse le Batailleur, cet homme venu de Rome où il s’est longuement entretenu avec le pape est le conseiller du comte Raimon Bérenger. En référence à son pèlerinage dans la ville éternelle on l’appelle Romeu (en français Romée) et il va s’attacher à préserver l’intégrité des Terres de Provence. Pour cela, il déploie toute son énergie, sa clairvoyance visionnaire, et son sens extraordinaire de la diplomatie pour concrétiser un incroyable maillage d’alliances de nature à protéger le domaine comtal par une habile politique de mariages.

Marguerite, l’aînée, épousera Louis IX (Saint-Louis) et deviendra reine de France.

Aliénor, sa cadette, épousera Henri III Plantagenêt et sera « reine consort » d’Angleterre.

Sancie, la troisième, épousera Richard de Cornouailles qui sera élu « roi des Romains ».

Quant à la dernière, Béatrix, elle sera mariée en 1246 au frère de Saint Louis, Charles 1er d’Anjou et deviendra reine de Sicile.

En exhibant une loi catalane qui interdisait à l’époux de briguer l’héritage patrimonial de l’épouse, au motif que la dot apportée par sa famille l’excluait de la succession, l’habileRomée de Villeneuve avait su préserver l’entité territoriale du comté de Provence et de Forcalquier.

Ainsi se réalisa le fabuleux destins des « petites filles d’Aragon », toutes devenues reines !

                                                                                                                             

Issue de Raymond de Villeneuve, gentilhomme de la cour d’Alphonse 1er, la maison de Villeneuve (Provence) se divise en trois branches :

* la branche des barons (puis marquis) de Vence descendant de Romée de Villeneuve,

* la branche des barons de Tourrettes partagée en deux rameaux : Villeneuve-Bargemon et Villeneuve-Esclapon,

* la branche des barons des Arcs, marquis de Trans en 1505 (1er marquisat de France) puis de Flayosc en 1678.

 

Un conseil de lecture : si vous avez aimé ce conte, le magnifique roman historique de Patrick de Carolis, publié chez Plon, « Les Demoiselles de Provence », vous fera aimer l’histoire, notre histoire.

 

Gérard Saccoccini.

 
 

 

HISTOIRE SUCCINCTE DE TOURRETTES

ET DE SON TERRITOIRE

 

 

 

Des origines aux Romains et au Moyen-âge.

                                                                   

Nos prétendus « ancêtres Gaulois » n’ont laissé que de minces vestiges et une filiation aléatoire.

Au V° s. av.JC, la lente migration des Celtes a interpénétré des peuplades indigènes plus nombreuses, dont les Ligures, avec lesquels s’est formée la nation des Sallyens. Entre Aix en Provence et la vallée de la Siagne, ils installent leurs villages (oppida), entourés de palissades de bois, sur les saillants où les chasseurs primitifs traquaient ours, loups et sangliers. Quelques cultures apparaissent dans la plaine qui s’étend du territoire d’Aix à la vallée de la Siagne. Les Celtes ayant apporté la civilisation de l’outil, les oppida se renforcent de murailles de pierres : ainsi vont naître les jolis villages perchés qui parsèment nos collines.

 

La guerre de 122 av.JC contre les Sallyens d’Entremont (Aix), conduite par les Romains, marque le début de leur installation. Au siècle suivant, l’empereur Octave Auguste fixe une colonie à Fréjus avec les vétérans de la VIIIème légion. Ils mettent en valeur des « villas » dans la plaine (la Bégude, Pré-Claux, Rapiamus...). L’aqueduc de la Siagnole à Fréjus est achevé ainsi que le réseau de voirie (Voie Julia Augusta). La paix romaine favorise le peuplement de la plaine : autour des « villas » se créent de véritables hameaux.

 

Après cinq siècles, l’empire s’effondre. Les Ostrogoths déposent le dernier empereur en 476. Des vagues de Barbares ont envahi la Provence et l’Italie utilisant les voies consulaires. Les « villas » romaines sont pillées et rasées, les moines des prieurés se replient à l’abbaye Saint Victor de Marseille. Ils confient leurs terres à des laïques qui s’intitulent Seigneurs et ne cessent de batailler. Les luttes seigneuriales, les incursions des pirates barbaresques et les occupations sarrasines, incitent les populations à réoccuper les oppida pour se mettre à l’abri. Cependant, durant tout le Moyen Age, un réseau de pistes muletières tracées au cœur de l’arrière pays, à couvert des massifs littoraux, permettra le maintient des passerelles commerciales de l’Adriatique à la Catalogne.

 

Seigneurs Catalans et période Angevine.

 

Nous sommes en 1032 lorsque apparaît le nom de Tourrettes dans les cartulaires du monastère de Lérins, puis de Saint Victor de Marseille en 1043, date de la construction de l’église St. André. Le « château », édifié par son « seigneur », Géraud Palliol, à la même époque, n’a sans doute été qu’une sorte de fortin dominé par des tour de bois (torretas) à l’origine du nom du village.

Romée de Villeneuve, gentilhomme catalan de la cour d'Alphonse 1er  d’Aragon, après avoir conquis Nice au début du 13ème siècle, consolide le château et organise le village en « parage ». Ainsi débute l’administration de la région par ses descendants.

L’an 1245 inaugure la période Angevine. Le mariage de Béatrix, héritière de Provence, avec Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, signe une ère de forte prospérité et de croissance. Stabilité et paix sociale font délaisser les places fortes et la population se réinstalle dans les hameaux de la plaine.

Après la peste noire de 1348, puis les troubles de la Ligue d’Aix, la paix permet à la croissance de revenir. Les villages se repeuplent grâce à des étrangers que l'on va chercher en Italie, dans la région de Pigna (vallée de la Nervia). Après la disparition du bon roi René, la Provence est rattachée à la France en 1482.

 

Des Guerres de Religion à la Révolution.

 

Lors des Guerres de Religion, les premiers troubles éclatent à Castellane contre l’installation d’une église réformée. Tourrettes, gagnée à la cause protestante est bombardée et anéantie par les Ligueurs (1590).

Elle est reprise en 1592 par le duc d’Epernon qui restitue le domaine à ses propriétaires. Dès lors, les seigneurs occuperont la maison de la bourgade dite « le château », abritant aujourd’hui l’hôtel de ville. La « forteresse » ne sera jamais reconstruite.

Le 5 juin 1793, Louis-Henri, colonel du régiment Royal Roussillon, celui que le roi nommait « le plus bel homme de son royaume », dernier des comtes de Tourrettes, marquis de Trans, périt sur l’échafaud à Paris.